vendredi 28 octobre 2016

La police municipale armée : est-ce vraiment nécessaire ?

"les armes seront dotées de caméras"
C'était tentant, cela pouvait même paraître évident : après les attentats, armer la police municipale. C'est ce qu'a choisi la municipalité de Montigny. Mais le raisonnement est un peu court, et au contraire d'autres villes, le débat n'a pas eu lieu en conseil municipal. 

S'il avait eu lieu, nous aurions interrogé le modèle de société auquel nous souhaitions contribuer : d'un côté une société apaisée, en confiance avec sa police, ce qui n'empêche pas de rester lucides et efficaces dans la lutte contre le terrorisme ; de l'autre une société de la défiance, du rapport de force, où les policiers doivent donc être dotés de moyens toujours plus dangereux pour exercer une autorité.

Le criminologue Alain Bauer, éminent spécialiste des questions de sécurité, qui a un temps conseillé Nicolas Sarkozy, s'oppose à l'escalade sécuritaire que représente l'armement des polices municipales en faisant le parallèle suivant : comment pourrait-on se réjouir du désarmement (nucléaire) de la société et, dans le même temps, aller vers une société de plus en plus armée ?

Pour nous, l'urgence est de donner à la Police nationale les moyens de mener sur le net et dans les villes les opérations nécessaires contre le terrorisme et la grande délinquance et d'assurer une meilleure coordination entre les différents services de l'Etat concourant à la sécurité. Le rôle d'une police municipale est de recréer le lien de confiance et de proximité entre les citoyens et leur police.

La valorisation de la police municipale dans un Ignymontain précédent allait dans ce sens. Certes, il y était question de la vidéosurveillance qui dilapide l'argent public (des agents en permanence à visionner des écrans sans intérêt plutôt que d'être au contact de la population) ; mais chacun pouvait apprécier l'humanisation de la police à travers la présentation d'une équipe de proximité.

Ne gâchons pas ceci en donnant à nos policiers des armes qui ne suffiront pas à les protéger (les épisodes terroristes récents l'ont montré), ou qui les exposeraient à des dangers nouveaux, maintenant et plus tard. Car après les tasers, qui peuvent blesser gravement, viendront les armes létales : il y a un an, il avait été établi que sur 60 décès récents de policiers, 50 étaient des suicides.

Un gadget illustre bien le désarroi de la municipalité : les armes seront dotées de caméras permettant a posteriori d'établir si elle a été utilisée à juste titre ou non. On imagine mal l'efficacité d'un tel dispositif, mais on comprend bien l'impossible paradoxe : donner des moyens potentiellement dangereux sans faire pleinement confiance. Allons jusqu'au bout de la confiance envers nos policiers, comptons sur eux pour retisser le lien social dont nous avons tous besoin... et ne les armons donc pas !

Les élus de « Montigny à venir » : Vivien Gasq, Agathe Viard, Jean-Luc Manceau et Issam El Bakkali
Pour nous contacter : montignyavenir78@gmail.com

[La tribune de nos élus du groupe "Montigny à venir" à paraître dans le numéro de novembre 2016 de l'Ignymontain]

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